L’Entraide protestante de Reims : toujours innover après 120 ans !

Double actualité pour l’Entraide protestante de Reims qui fête cette année ses 120 ans d’existence et qui vient de recevoir, parmi d’autres lauréats, le Prix Charles Gide pour soutenir la création d’un espace bien-être au service des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Rencontre avec Elodie Franck, la directrice de l’association sur trois questions qui peuvent intéresser les autres Entraides protestantes.

1. L’aide alimentaire : une porte d’entrée vers les bénéficiaires

Depuis sa création en 1906, l’association a toujours eu pour activité principale l’aide alimentaire aux familles démunies. En 2000, elle a bénéficié du don des locaux dont elle dispose aujourd’hui, suite à la dissolution de l’association « Retour à Reims », créée en 1918 pour accompagner la réinstallation des habitants après la destruction de leur ville lors de la première guerre mondiale.

 

Lorsque la municipalité a voulu en 2011, au moment de la création de l’Epicerie sociale, coordonner et centraliser les différentes associations qui intervenaient dans l’aide alimentaire (Croix-Rouge, Secours Populaire, Secours Catholique), le constat était simple : la seule structure disposant des locaux suffisants et du savoir-faire était l’Entraide protestante.

 

Depuis lors, tous les bénéficiaires sont orientés par les autres associations et par les prescripteurs sociaux vers l’Entraide protestante. Aujourd’hui, pour moitié, les bénéficiaires sont envoyés par les assistantes sociales de quartier ou du Centre Communal d’Action Sociale (en attente que leur inscription à l’Épicerie sociale soit traitée), et pour moitié, ils proviennent de Centres d’Hébergement et de Réhabilitation Sociale, adressés par une lettre de leur travailleur social référent.

 

Les deux publics se mélangent lors des 155 permanences de distribution de colis organisées trois jours par semaine. Chaque année, ce sont 34000 colis-repas qui sont préparés par les bénévoles, soit 245 tonnes d’aliments dont 60 % de produits frais.

 

A partir de cette aide alimentaire concrète, l’Entraide a développé progressivement des services complémentaires pour répondre aux besoins connexes des bénéficiaires. Une salle « pause café » est accessible aux bénéficiaires, avec la présence de bénévoles formés pour un moment d’écoute et de convivialité. L’Entraide assure également des aides ponctuelles en faveur des familles, des étudiants ou des personnes âgées, ainsi que des ateliers d’aide à la recherche d’emploi ou sur des thèmes du quotidien : nutrition et santé, consommer moins mais mieux, savoir gérer son budget…

 

Le coin vestiaire est devenu une véritable boutique avec cabine d’essai et conseils de relooking, notamment pour les démarches de retour à l’emploi. Une bénévole propose des massages assis sur un siège ergonomique permettant un lâcher-prise très apprécié, même par les messieurs ! A ces services s’ajoute la mise à disposition d’un lave-linge pour permettre aux personnes à la rue de rester propres et dignes. Ces activités et le cadre bienveillant dans lequel elles sont proposées contribuent autant à la recherche d’emploi qu’à améliorer l’estime de soi !

 

C’est dans cet élan que l’Entraide a initié un projet d’espace bien-être regroupant ces services, et en y ajoutant un salon de coiffure. Le Prix Charles Gide a attribué une dotation de 4000 € pour ce projet qui se concrétisera dans les locaux existants.

Les lauréats du Prix Charles Gide 2026

2. La mobilisation des bénévoles : une énergie à renouveler

Depuis ses débuts, l’Entraide a été portée par des bénévoles très engagés, paroissiens de l’Église protestante de Reims. De grandes familles rémoises ont toujours soutenu et soutiennent encore les actions de l’Entraide. Mais les changements structurels au début des années 2000 et leur niveau d’exigence relevé de niveau professionnel, ont provoqué un essoufflement que le recours au salariat a du compenser.

 

Depuis huit ans, Elodie Franck, recrutée sur une mission d’organisation et d’administration, a encouragé l’implication des bénéficiaires comme bénévoles aux côtés des paroissiens retraités. Un discernement est effectué parmi les bénéficiaires motivés pour proposer de rejoindre l’équipe des bénévoles-bénéficiaires qui constituent aujourd’hui les trois-quarts des forces vives. Tous se partagent les tâches, ce qui donne l’occasion de nombreux partages d’expériences de vie ou sur les façons de voir le monde. « On déconstruit les représentations de chacun » se plaît à constater Elodie Franck. « Pour dépasser les préjugés de chacun, rien de tel que de travailler ensemble pour apprendre à se connaître, par les rencontres ». Ainsi, le regard porté sur la place des femmes a pu être abordé au cours d’un atelier-débat où des bénévoles tchètchènes très mysogynes ont appris à voir les femmes autrement que selon leurs propres référents culturels.

 

La fonction de coordination de l’ensemble est déterminante afin que ces profils hétérogènes s’accordent pour faire fonctionner la structure. Avec des compétences managériales, couplées à une dimension sociale, Elodie Franck a imprimé un fonctionnement fondé sur la co-construction et la discussion pour prendre en compte les avis. L’implication et la participation de tous est au cœur de cette dynamique. Des chantiers participatifs sont également organisés, comme la réalisation de fresques peintes dans les locaux.

 

Tout ne va pas sans heurts et il faut compter avec le contexte sociétal qui est de plus en plus violent. Plusieurs bénévoles ont pu suivre des formations à l’écoute, dispensées par la Banque alimentaire, auxquelles Elodie Franck a ajouté des modules sur les situations de tensions qui peuvent survenir : agressivité, propos racistes, violence verbale. « L’objectif est de mettre les bénévoles à l’aise dans toutes les situations » précise la directrice.

3. Un ancrage toujours maintenu avec le protestantisme

Depuis 120 ans que l’association existe, elle fait partie du paysage des acteurs de la solidarité rémois et est reconnue par tous pour son action. L’identité protestante n’est pas qu’un affichage car aujourd’hui encore, la moitié des membres du conseil d’administration sont paroissiens de l’Église protestante et le président est toujours, par tradition, un paroissien. L’assemblée générale annuelle se passe au temple et surtout, un pasteur est logé au dernier étage du bâtiment de l’Entraide, donnant l’occasion d’échanges réguliers avec la directrice. Dans certains cas, il peut recevoir en entretien pastoral des bénéficiaires qui en font la demande. Il dispose même d’un budget alloué par l’Entraide pour des soutiens ponctuels à sa discrétion, en concertation avec la directrice.

 

Pour compenser la diminution constatée des dons de paroissiens, les subventions publiques assurent désormais le financement principal de l’association (Mairie, Département, services de l’État), aux côtés d’autres financeurs privés, comme la Fondation du Protestantisme ou le Prix Charles Gide de la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP).

 

Le lien avec le monde protestant passe en effet également par la FEP dont le réseau d’échanges et de partage d’expériences entre Entraides est très précieux pour conseiller et encourager l’action au quotidien. La mise à disposition d’outils pratiques par la FEP est également une ressource très appréciée, ainsi que les conférences en ligne qui nourrissent la réflexion locale.

 

 

L’Entraide protestante de Reims est une vieille dame qui a su se réinventer et s’adapter aux évolutions de la société pour y trouver sa place et rester au service des plus démunis depuis 120 ans. Un livre sur cette riche histoire est à paraître en septembre 2026. Mais l’Entraide sait surtout se montrer attentive à la façon d’agir en solidarité : en suscitant l’implication des bénévoles-bénéficiaires, en soignant les liens privilégiés avec l’Église protestante, son terreau d’origine, et en répondant aux nouveaux besoins émergents pour continuer sa mission. En somme, encore une marque très protestante de cette Entraide, gage de sa longévité, celle de se réformer sans cesse « semper reformanda »…

A l'Entraide protestante, 19 rue Raymond Guyot à Reims

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