Si parfois les Eglises inscrivent dans leur projet de vie les orientations qu’elles souhaitent faire prendre à leur Église, à l’EPU du Bocage normand, l’exercice mené il y a quelques années a surtout permis de mettre des mots et de clarifier en grands axes ce qui s’y vivait déjà. « Nous sommes déjà tous très engagés en dehors de l’Eglise » explique Christine Fels, « Nous avons envie de mettre des choses en place ». Le contexte est favorable : d’une part, la paroisse bénéficie d’une pasteure, Solange Weiss, qui est force de proposition, et d’autre part, le consistoire de Basse-Normandie est actif et dynamique.
Il en ressort un élan d’engagement et d’ouverture qui s’exprime au travers d’actions menées sur les trois axes identifiés.
Église Verte
Titulaire depuis juin 2025 du niveau Figuier du label œcuménique Église Verte, l’EPU du Bocage normand intègre le souci de l’écologie et de la justice sociale et environnementale dans chaque action menée. C’est une attention dans les gestes du quotidien : pas de vaisselle jetable, un jardin ouvert avec libre cueillette… autant que des temps forts qui mobilisent les membres de la communauté : un week-end sur le changement de vie avec Corinne Bitaud, l’accueil des Journées nationales du MAR début octobre… L’équipe se réjouit de constater que la nouvelle liturgie proposée intègre la dimension Église verte dans tout le déroulé des cultes. Car, pour les membres de l’Église, ce n’est pas une question liée à des événements précis mais cela traverse tout ce qui se vit dans la communauté. C’est une écologie intégrale, entièrement assumée et vécue joyeusement !
Église ouverte
A l’image de ses membres, l’Église n’agit pas seule mais s’inscrit dans un territoire dynamique et engagé. En découle naturellement une ouverture sur ce qui se vit, en particulier en solidarité avec des personnes en précarité ou en parcours migratoire. Il y a une tradition d’accueil dans la Région auxquels plusieurs membres de l’Église se sont associés, au bénéfice de familles ukrainiennes ou de jeunes mineurs isolés. L’Église soutient les acteurs existants et développe des partenariats avec des structures, en collaborant ou en mettant à disposition des locaux pour des cours de français par exemple (lien vers l’article présentant l’Entraide Grains de solidarité). Le jardin vagabond situé autour du temple de Condé-sur-Noireau est aussi pensé comme un lieu ouvert sur la ville, invitant largement les voisins à participer aux ateliers et animations conviviales qui y sont organisés.
Église de témoins
Chacune des actions entreprises fait l’objet d’une communication dans la presse locale et d’une publication sur le site Internet de l’Église, particulièrement fourni. Le journal paroissial O’Sources est également un outil pour rendre compte de ce qui se vit localement. Mais au-delà des efforts de communication, le témoignage de l’Église passe surtout par les valeurs incarnées par ses membres lorsqu’ils s’engagent en solidarité, en ouverture, en partage. Ainsi, la municipalité et l’Education nationale ont soutenu la venue de l’exposition interactive « Deviens un héros » sur les préjugés et le vivre ensemble, initiée par l’EPU du Bocage normand à l’automne 2025. La préparation de l’exposition s’est tenue en mairie et la médiathèque a accueilli la quasi-totalité des élèves des écoles publiques et privées du territoire.
Repas fraternel au jardin vagabond autour du temple de Condé-sur-Noireau
Au cœur de la vie d’Eglise, les cultes « autrement » avec animation biblique permettent de renforcer les liens communautaires et surprennent même les éventuels réticents. Les partages « Bible et sandwich » attirent sur le temps du déjeuner les curieux qui témoignent « on ressort du partage avec la sensation de faire partie d’une communauté ». L’objectif est de conjuguer l’ouverture et la convivialité pour mettre à l’aise et faire en sorte que personne ne se sente exclu, dans le respect des différences.
Pas de formule magique pour autant : le conseil presbytéral a connu des soubresauts, des démissions et le recours à une médiation. « On fait avec les forces que l’on a et certains s’épuisent parfois dans nos actions » résume Eric Ménager. Cette année, pour la première fois depuis des décennies, l’équipe de catéchèse fait une pause, en réponse à la difficulté récurrente de mobiliser les jeunes et enfants sur les séances organisées. Cette pause est salutaire pour rebondir mais interroge sur sa portée pour l’Église de demain. Tous deux se veulent rassurants : « On est plutôt joyeux et confiants » en admettant ne pas chercher à mesurer l’impact des actions menées en nombre de participants ou de nouveaux fidèles ayant rejoint la communauté.
Il est à noter que la visibilité de l’Église est cependant reconnue sur le territoire, comme en témoigne la réponse du Maire nouvellement élu à la question de la pasteure et d’une délégation du conseil presbytéral, venues le rencontrer au printemps « Qu’est-ce que vous attendez de nous ? » : « Que vous continuiez de faire ce que vous faites parce que votre Église est la seule à se mobiliser comme elle le fait » !
« J’ai planté, Apollos* a arrosé, mais Dieu a fait croître. » 1 Corinthiens 3, v.6
[*évangéliste parmi les premiers chrétiens]