Une aumônerie diaconale auprès des marins en escale au Havre

Silvie Boyd est diacre de l’Église luthérienne d’Allemagne, en poste depuis six ans au port du Havre pour la Mission allemande des Marins. Également titulaire d’un diplôme d’assistante sociale, elle combine au quotidien aumônerie et action sociale auprès des marins du monde entier. Rencontre.

En quoi consiste votre mission ?

Je vais à la rencontre des marins qui transitent par le port du Havre quelque soit leur nationalité ou leur confession. Lorsque je monte à bord des navires, je leur apporte une écoute et de l’aide concrète. Je vais souvent parler avec le cuisinier du navire qui est toujours au fait de l’ambiance à bord car la cuisine est le principal réconfort de ces marins au long cours.

J’organise aussi des sorties en petits groupes pour découvrir les alentours (Honfleur, Harfleur). Ce sont des moments rares de sortie sur la terre ferme. Ils apprécient beaucoup de pouvoir se reconnecter à la terre, aux odeurs et aux paysages dont ils sont privés pendant de longs mois en mer.

Je propose aussi des gestes religieux comme des prières ou des bénédictions, pour tous ceux qui le demandent, même les non-chrétiens.

Il m’arrive d’intervenir également pour des situations d’urgence, par exemple lors du Covid pour rassurer l’équipage resté à bord alors que leurs collègues malades étaient hospitalisés, ou pour héberger un marin philippin dans la Maison de Mission car son navire était saisi plusieurs mois par des autorités.

 

Qui sont les marins que vous côtoyez ?

Je rencontre beaucoup de marins asiatiques, originaires des Philippines, d’Inde ou du Sri Lanka. Les marins asiatiques partent avec des contrats très longs, jusqu’à dix mois. Ils vivent éloignés de leur famille avec lesquelles ils gardent le contact par les réseaux sociaux. Certains équipages comprennent sept à huit nationalités différentes. Nous communiquons en anglais. Ils sont chrétiens mais aussi musulmans, bouddhistes ou hindouistes.

A bord, ils sont comme une famille avec ses bons côtés mais aussi avec ses contraintes : ils ne choisissent pas leurs collègues et les conflits ne sont pas rares dans ces espaces exigus, sans soupape pour décompresser. Quand des marins ukrainiens et russes cohabitent par exemple, on évite les sujets politiques dans les échanges.

Je rencontre aussi beaucoup de femmes qui travaillent dans le milieu maritime. Elles représentent à peine 2 % des marins dans le monde mais elles sont plus nombreuses en Europe et notamment en France, avec l’Université maritime au Havre. Elles sont très courageuses et s’engagent avec passion pour devenir marin, et peut-être commandant.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la Mission allemande auprès des Marins ?

Cette mission historique existe depuis plus de 140 ans et intervient dans des grands ports de pays en lien traditionnel avec l’Allemagne, comme le Cameroun ou l’Afrique du Sud. Parmi les 30 stations mondiales, les plus récentes ont été créées à Singapour et au Panama. La vocation est d’être présent là où sont les marins, partout dans le monde.

La Mission est financée par l’Église protestante allemande (EKD) dont les finances déclinent cependant. Le Ministère allemand du Transport subventionne également nos activités en soutien aux filières de transport équitable, un label bien développé en Allemagne qui défend les conditions de travail des marins chargés du transport des marchandises.

La délégation du Havre existe depuis presque quarante ans et dispose d’une Maison de Mission avec une chambre d’urgence pour accueillir des marins en détresse. Les véhicules au service de ce ministère sont financés par International Transport Federation Trust de Londres. Je suis entourée par une équipe de bénévoles, tous anglophiles, qui assurent avec moi les visites et la recherche de financements complémentaires. Nous organisons notamment des concerts de bienfaisance au profit de l’association.

 

Quels sont vos liens avec l’EPUdF ?

A notre arrivée en France, en plein Covid, notre famille a été très bien accueillie par les pasteurs de l’Église du Pays de Caux. Nous sommes engagés dans la communauté du Havre aujourd’hui. Nos enfants y ont été confirmés. Je suis identifiée par les paroissiens pour mon travail. Depuis six ans, nous organisons un culte au mois de juin dans la semaine de la Journée internationale des marins. Des paroissiennes tricotent des bonnets pour les marins, ce qui est très apprécié. Régulièrement, les marins et leurs problématiques sont associés à la prière d’intercession. Je partage aussi parfois des témoignages de situations difficiles. Beaucoup de paroissiens me remercient de leur ouvrir les yeux sur les réalités du métier de marin aujourd’hui.

J’ai réalisé une exposition de photos de tatouages de marins qui a déjà été présentée dans la chapelle du Seamen’s Club (club des gens de la mer) à Rouen et à Sète ainsi que dans la Maison des Syndicats au Havre. J’aimerais la présenter prochainement au temple du Havre. Je l’ai conçue pour un public jeune afin de lier les deux mondes, les gens à terre et les gens en mer.

 

Rendez-vous dimanche 28 juin 2026 à 10h30 au temple du Havre, 47 rue Anatole France, pour le culte des Marins !

 

Quel message souhaitez-vous faire passer ?

Je conçois ma mission à la croisée entre l’action pastorale, chargée du ministère de la parole, et l’action diaconale, pour mettre en pratique cette parole « aider notre prochain ». Je considère que ces marins qui viennent de loin sont aussi nos prochains. Ils sont particulièrement invisibilisés alors que nous sommes tous au bénéfice de leur travail. On parle de « Seablindness » (aveuglement de la mer). Dans notre monde actuel, nous sommes tous liés par le marché global et sommes tous dépendants du travail de ces hommes et femmes de l’ombre.

J’essaye de rendre compte de mon travail et de leur existence sur les réseaux sociaux où je suis très active. Plusieurs reportages ont également été réalisés pour la radio (ICI Normandie) ou la télévision (France 3 Normandie).

Chaque année, la journée internationale des marins, le 25 juin, est l’occasion de faire savoir à un large public que nous sommes tous concernés par ce qui se passe sur ces navires.

 

En savoir plus :

– Reportage télévision France3 Normandie diffusé le 7 mai 2026 – Journaliste : Gregory Thelu

– Reportage radio ICI Normandie diffusé le 6 novembre 2025 – Journaliste : Lila Lefebvre

" target="_blank" rel="noopener">– Reportage télévision France3 Normandie diffusé le 14 mai 2025 – Journalistes : Claire Schaffner et Élodie Do Nascimento

Photos de Silvie Boyd sur sa mission

Avant de monter à bord

Avec l'équipage à bord

Les marins sont petits sur ces géants des mers

Une bénévole avec deux marins

Deux marins qui viennent de recevoir une bénédiction (bracelet jaune autour de leurs poignets) et qui sont contents d'apprendre nos services d'excursions

Les marins viennent souvent d'Asie

Silvie et une autre bénévole sur un bâteau

Un matelot en train de faire de la peinture, travail de maintenance régulier, car l'eau salée de la mer abîme la peinture vite

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